Arimi CHOUBADE, Président du Conseil d’administration de l’hôpital Ouma d’Abomey: « La vocation première du centre est exclusivement humanitaire»

Depuis bientôt deux ans, un projet d’hôpital privé a vu le jour à Abomey sous le nom de Centre Ouma, une initiative saluée par toutes les populations de la cité royale et des environs. A quelques jours de la tenue du premier Conseil d’administration de l’année 2012, son président a accepté se confier à la presse. Une tribune au cours laquelle le journaliste et président du Conseil d’administration de l’hôpital Ouma, Arimi Choubadé fait un état des lieux de sa structure et évoque quelques perspectives.

A quelques semaines de la tenue du Conseil d’administration de l’hôpital Ouma d’Abomey dont vous êtes le président, parlez-nous des perspectives ?

Merci, messieurs les journalistes pour l’opportunité que vous nous donnez d’évoquer les activités de l’hôpital Ouma d’Abomey. Ma modeste personne occupe le poste de Président-délégué du Conseil d’administration dont le président est El Hadj Daouda Lawal. Les perspectives de ce centre de santé demeurent les mêmes que celles qui ont présidé à sa création, c’est-à-dire pallier l’insuffisance d’infrastructures sanitaires dans la localité. Le centre dont la construction a été entièrement financée sur fonds privé, près de 50 millions, s’est donné une vocation purement humanitaire. C’est un fils d’Abomey qui a décidé d’offrir ce joyau à sa communauté. Depuis plus de deux ans, l’hôpital s’est progressivement intégré dans le vécu quotidien des Aboméens et des populations des localités voisines que sont Djidja, Agbangninzoun, Bohicon et autres. Près d’une vingtaine de jeunes compétents y est employée. Il est important de rappeler la vocation première du centre exclusivement humanitaire. L’objectif est de permettre aux populations d’avoir accès à des soins et des médicaments à moindre coût, le plus bas possible. Toutes les recettes tirées des prestations du personnel sont entièrement englouties dans le fonctionnement et le paiement des salaires du personnel. Le Conseil d’administration qui prépare sa première session ordinaire de l’année dans le courant de ce mois, va se pencher sur un premier bilan des nouvelles réformes de gestion directe mises en place après la première année de fonctionnement du centre. Par cette réforme, toute la gestion courante de l’hôpital a été totalement transférée au personnel. Personne d’autre en dehors des agents de la maiso, n’a accès direct à la comptabilité. Il y a un médecin chef et un gestionnaire qui ont la charge du recrutement, du paiement des salaires, de l’approvisionnement des médicaments, du fonctionnement et de tous les autres actes de gestion. Le Conseil d’administration aura donc la mission d’évaluer le parcours depuis janvier jusqu’à ce jour, soit après au moins 6 mois d’expérimentation. Ensuite, les administrateurs vont statuer sur la mobilisation de ressources en vue de la rénovation complète du bloc opératoire et de certains services conformément aux besoins des populations.

Pouvez-vous nous parler des relations entre votre centre et la communauté musulmane ? Il parait que vous recevez beaucoup de subventions d’organisations islamiques d’ici et d’ailleurs.

Ces subventions seraient certainement la bienvenue, mais il se trouve qu’elles n’existent pas. Nous rappelons que c’est un seul individu, natif d’Abomey qui a acquis le terrain, près de 3 ha, pour y construire l’ouvrage. Le fait qu’il appartienne à une association islamique a pu créer la confusion dans les esprits. Le projet initial composé d’un centre de santé, d’un orphelinat et d’une bibliothèque est porté par des Béninois de diverses confessions religieuses, mais ayant tous pour lien commun le développement d’une ville qui leur est chère, le plateau d’Abomey et ses environs. Pour le moment, c’est le centre seul qui est fonctionnel en attendant la mise en place des autres ouvrages sur le site. Jusque- là, au Conseil d’administration, nous n’avons vu la moindre subvention venue d’organisations d’ici ou d’ailleurs comme vous dites. Le centre fonctionne sur ses propres recettes. Pour ce qui est des investissements à venir, c’est le même donateur de départ qui pourvoit à l’essentiel du financement, en attendant que ne viennent les fameuses subventions dont vous parlez. Le centre n’est donc affilié à aucune organisation religieuse. C’est une œuvre purement sociale. La composition du Conseil d’administration suffit à vous convaincre que ce que nous faisons n’a rien à voir avec la religion. En effet, s’il est vrai que le président et celui à qui il a délégué ses pouvoirs, c’est-à-dire le président-délégué, votre serviteur, sommes tous deux musulmans, il n’en est pas de même du vice-président, Gabriel Mêdéhou, actuel premier adjoint au maire d’Abomey. Siègent également dans le Conseil d’administration, les représentants des sages d’Abomey à savoir Bruno Sassé, ainsi que le dignitaire du culte Tron, Roger Dagba. Vous voyez bien qu’il y a d’éminentes personnalités qui s’investissent sans réserve dans ce projet, sans être des mahométans. La motivation commune, c’est de faire quelque chose pour cette ville. Aucun compte n’est tenu de la religion, de la race, du sexe lorsqu’on veut recruter le personnel ou soigner les malades. L’hôpital Ouma est une initiative citoyenne.

Que répondez-vous à ceux qui vous suspectent de nourrir des ambitions politiques ?

Si ces allégations concernent ma modeste personne, eh bien, circulez. Il n’y a rien à voir. Pour les autres, eux seuls sont capables de se prononcer sur cet aspect de la question. C’est vrai qu’il y a le vice-président du Conseil d’administration, premier adjoint au maire, qui est un homme politique très actif, mais personne ne l’a entendu se prévaloir des prestations du centre à des fins politiques. On peut également parler de l’Honorable Malèhossou qui est le directeur de l’ensemble du grand projet initial. Mais vous pouvez vous rassurer que tous ceux qui interviennent dans la marche de notre projet savent jusqu’où il ne faut pas aller, au risque de rompre le contrat interne. Mais depuis deux ans que le centre existe, nous n’avons jamais connu ce problème. Chacun conserve ses tendances religieuses, politiques, philosophiques et culturelles sans l’imposer aux autres. Cela correspond d’ailleurs à cette culture de tolérance et de cosmopolitisme qui caractérise la cité d’Abomey.

Qu’avez-vous à dire à l’endroit des potentiels contributeurs originaires d’Abomey comme vous ?

Nous n’avons pas accepté de nous livrer à cet exercice dans le but de dire aux Aboméens ce qu’ils doivent faire à leur ville. Ce n’est pas notre rôle. Chacun sait ce qu’il a à faire pour sa communauté. S’il ne le fait pas, cela ne concerne que lui. Nous acceptons volontiers que des gens se joignent à nous quelle que soit leur origine. C’est un fait que la localité est condamnée à végéter dans la pauvreté, sans l’aide et l’implication de ses fils. N’oubliez pas que c’est l’une des régions les plus déshéritées du pays. Abomey n’est pas comme certaines villes qui ont des débouchés vers l’extérieur du fait de leur proximité avec une frontière. Elle n’est pas située à un grand carrefour et son sol n’est pas réputé pour être très riche. Ses habitants éprouvent donc d’énormes difficultés pour assurer leurs besoins quotidiens. Il n’y a que les initiatives privées à l’instar de celle du centre Ouma pour soulager les misères et la souffrance des populations.

Propos recueillis par Pierre Xokpo

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