Il parait que c’est la saison des propositions…

Le nouveau concept est actuellement en vogue au quartier latin de l’Afrique : faire des « propositions » au chef de l’Etat. Tout le débat public s’articule désormais autour de cela. Il n’y a pas une seule prestation médiatique à présent sans que l’orateur ne soit invité à formuler des « propositions » au chef de l’Etat et à son gouvernement, quels que soient les rapports de l’intéressé avec le pouvoir. Voilà le pays en overdose de propositions, de suggestions, de contributions et parfois d’injonctions à l’endroit des gestionnaires du pays. Défilent donc sur les ondes, les plateaux et colonnes de journaux des chefs de partis, des ministres, des députés, des retraités, des chefs religieux, des chefs traditionnels, des courtisans de tout acabit, des diplomates, et parfois de simples visiteurs étrangers. Tout y passe ; la gouvernance sur la place publique : encore mieux, apparemment, que les cantons populaires suisses.

 

Paradoxalement, et malgré cette marre grouillante de propositions et de plans de sortie de crise gracieusement mise à la disposition du grand public, la chienlit ne prend aucune ride. Au contraire, la tension prend toujours une couche supplémentaire après chaque intervention. Notons au passage, les prêches tout azimuts en faveur de la tenue d’un dialogue national bien que ses inventeurs ne s’accordent pas pour le moment sur les noms des potentiels participants, le nombre de jours, l’organe d’arbitrage de la kermesse, la finalité et le calendrier des débats. Pour l’heure, auditeurs, téléspectateurs, lecteurs voire internautes sont réduits à recenser les idées émises en vrac pour le salut du peuple. Une vague loin de s’estomper parce que personne ne souhaite être en reste. Tous ceux qui sont capables de se voir offrir un micro, onéreusement ou gracieusement, ne se privent pas d’y aller du fruit de leur intelligence. On en est déjà à 30, 50, 100, un millions… de propositions. Peut-être attend-on la 9 millionièmes pour boucler la liste.

 

L’enlisement du climat politique malgré la démultiplication et l’étalage des recettes-savantes devrait interpeller les consciences. Surtout au regard de la panne du développement du pays par rapport à ses voisin de la sous région (l’inédit taux de croissance économique le plus faible de l’espace Uemoa). Dans un pays normal, ce ne sont pas les individus qui font des propositions à l’amélioration de la gouvernance publique mais plutôt des groupes légitimes appelés, en démocratie, partis politiques. Une idée, une proposition, une recette, validée à l’interne d’un parti représentatif a plus de légitimité et engage plus de citoyens que l’étalage des compétences individuelles qui n’engage à la limite que leurs auteurs. Pour qu’un citoyen se reconnaisse dans une action publique, il faudrait qu’il ait foi dans le creuset ou le laboratoire d’idées (partis politiques) ayant contribué à son élaboration.

 

A quoi rime finalement cette gouvernance des propositions par médias interposés ? Dans un pays normal (encore une fois), les propositions ne servent pas à « aider » le chef de l’Etat mais à marquer l’identité des forces alternatives auprès du public. Le pouvoir en place pourrait même être accusé d’usurpation s’il les reprenait à son compte et les transformait en projet de gouvernance. Lorsqu’un opposant fait des propositions ce n’est pas pour que l’on l’intègre à son programme d’action. Mais plutôt au gouvernement d’afficher sa démarcation afin que les différences entre les postures en présence soient plus nettes. Et si par extraordinaire, le projet qui a emporté l’adhésion du peuple à l’issue des consultations électorales devrait être remplacé par les propositions des opposants, la légitimité devrait changer de nature automatiquement ; le chef de l’Etat devrait déposer sa démission et laisser les véritables auteurs de la solution prendre les commandes.

 

Mais le Bénin n’est (heureusement) pas un pays normal, mais un pays de « génies »…

Par Arimi Choubadé

 

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