Interview avec Abdel Hakim Amat: « …………..Les rumeurs sont déjà rentrées dans notre culture……………. »

Après une disparition sur la scène culturelle, notamment dans le répertoire du cinéma béninois, le président directeur général du label de productions « Laha », Abdel Hakim Amat revient à la charge pour élucider cette hibernation ; qui a fait d’énorme remous au sein de la population béninoise. A travers un entretien qu’il a accordé en son domicile au quartier Djidjè de cotonou, Abdel Hakim Amat balaie du revers de la main toutes les fabulations enregistrées à son égard. C’était mercredi dernier.

Qu’est-ce qui justifie ce changement de look ?

Mon nouveau look c’est-à-dire les dreads a beaucoup de signification pour moi. Partout où je suis passé au Bénin, on voit Mr Laha et cela m’a toujours posé des problèmes par rapport à ma vie, mon entourage. Quand c’est Laha, il faut nécessairement qu’il fasse sortir de l’argent. De l’autre côté, si je dois évoquer mon enfance, j’ai grandi avec des gens et je menais quand même une vie modeste avec des gens respectueux. Laha, quand on le voit aujourd’hui, on ne voit pas son âge, on ne se rend pas compte que c’est un homme de cœur qui veut partager sa joie, ses peines avec d’autres personnes. Mais on voit automatiquement une grande personne. Je portais dejà les dreads que j’ai enlevés en 1995 mais la reprise de cela me permettra d’être comme tout le monde. Les rastas, c’est des gens que les enfants peuvent toucher. Je veux aussi que les gens puissent me taper sur l’épaule, me tutoient. Je peux prendre un zémidjan comme tout le monde. Voilà ce qui m’a poussé à réadapter ce look. Aussi-veux-je rependre ce qui est inné en moi, c’est-à-dire, l’art. J’étais à une école de cinéma et de télévision en Inde. Je suis revenu pour changer les choses à ma manière et pour justifier peut-être mon look, changer les choses à ma manière.

Déjà plusieurs mois d’absence dans le showbiz béninois. Qu’est-ce qui explique ce silence professionnel ?

Vous savez, je me rappelle quand j’étais revenu de l’Europe en 2005, j’avais une vision très positive de la culture béninoise notamment africaine. La preuve étant, j’ai installé ma maison de promotion et de distribution Laha et fait également un certain nombre de choses par rapport aux journalistes. Voilà en 2006, par rapport au studio qui m’a couté énorme net cher. Vous devez aussi remarquer ce qu’on a fait par rapport au secteur cinématographique au Bénin surtout au niveau de la distribution des œuvres. Les Béninois pouvaient acheter les films même chez les délégués de quartiers et on avait 31 boutiques sur toute l’étendue du territoire national. Il ya avait une révolution de cinéma Home, et ça m’enchantait. Néanmoins, je m’étais redu compte qu’il y avait une certaine médiocrité. J’étais le jeune homme qui avait toutes ces ambitions mais avais-je les notions préalables ? Je le sentais vraiment le cinéma mais est-ce vraiment ce que je faisais ? J’ai décidé alors d’aller à la rencontre du cinéma. Raison pour laquelle, je suis allé à son école pour mieux faire.

Beaucoup de remous dans le rang des artistes par rapport au non respect des contrats par votre maison de production. Prenons l’exemple de l’artiste Okine. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?

Je ne parlerai pas du non respect de contrat si je prends l’exemple d’Okine. Elle est venue me voir avec trois morceaux inachevés qu’il fallait arranger. Je lui ai pris des billets d’avion deux ou trois fois pour aller le faire chez notre compatriote Freddy Assogba à Abidjan. C’était des millions investis. En dehors de cela, c’est vrai qu’en tant qu’artiste, elle avait des besoins que nous essayions de satisfaire à la mesure de nos moyens. Il y a des papiers d’excuses signés d’elle au moment où elle violait les clauses du contrat. Je suis quelqu’un de pragmatique. J’ai voulu qu’elle apporte un peu plus que ce qu’elle faisait. J’étais en train d’écrire le roman « Aimer de nouveau » et elle devait jouer dans le film. Mais d’autres problèmes ont fait que j’ai dû mettre son album au tiroir. Les clips réalisés entre temps ne sont jamais sorti alors qu’on avait y beaucoup investi.

Et qu’en est-il des autres artistes de votre écurie ?

J’ai osé parce que j’avais une autre ambition pour la musique béninoise. La plupart des artistes que j’ai produits, est-ce que j’ai pu recouvrer tous les fonds investis ? Je prends l’exemple des Frères Guèdèhoundè, des jeunes talentueux. J’ai écouté leur produit et je les ai lancés. Je parlerai également de Ricos Campos, un petit frère Porto-Novien que j’admire beaucoup. On faisait des choses ensemble depuis 1996. Quand l’occasion s’est présentée, je l’ai produit. Mais est-ce qu’un artiste a déjà eu au Bénin, 5000000Fcfa cash comme j’ai eu à faire à Ricos Campos ? Je ne sais pas ! Peut-être qu’il y a d’autres producteurs qui remettent. Quand je remettais l’argent, ce n’était pas dans l’intention d’en gagner plus. Mais pour encourager quelqu’un qui savait ce qu’il faisait. C’est vrai qu’on était parti sur la base d’un contrat de 20000000 Fcfa qui couvrait une période de trois ans.je n’ai pas encore eu le temps de discuter avec lui.

Est-ce qu’ils demeurent tous dans votre écurie ?

Vous savez, j me demande si je peux encore parler d’écurie. Après mes études en Inde, je me suis rendu compte que je n’avais pas d’artistes professionnels.

N’est-ce pas grave ce que vous dites ?

C’est clair, ceux qui se sont rapprochés de mois savent que je suis actuellement cru. Je ne vois plus les choses de la même manière.

Des rumeurs ont fait état de votre éventuelle arrestation, votre implication dans des affaires louches et votre recherche par l’interpole. D’aucuns disaient même que vous êtes décédé. Qu’avez-vous à dire à cet effet ?

(Rire) A moins que je sois un revenant puisque je suis actuellement avec vous. Je n’ai jamais été arrêté quelque part. L’interpole me cherchait pour quoi ? Je ne sais pas. Je vous ai dit que j’étais en Inde pour une formation plus précisément à l’école Digital Accademy. Pendant tout ce temps, j’ai fait pas mal de films au moment où les gens disaient que j’étais incarcéré. C’est comme aujourd’hui, beaucoup ne savent pas que je suis revenu. C’est vrai qu’à un moment donné, j’étais fatigué par ce pays qui a voulu tuer mes ambitions. Ça parlait beaucoup et il fallait se cacher un peu. D’aucuns justifieront cette absence par le fait qu’on a enlevé le nom Laha de l’immeuble de Kouhounou. Je vous dirai que l’immeuble nous appartient toujours et des réaménagements sont en train d’être faits.

Pourquoi beaucoup de départs dans le rang de Laha Productions ?

16 millions de salaires par mois, est-ce que ça justifiait vraiment ce qu’on faisait ? Au même moment, il y a des structures qui se sont fait connaître après nous. Je pense qu’ils ont réussi alors qu’ils n’avaient même pas de bureau. Moi avec tout ce staff, les directeurs, le minimum de salaire était de 150.000Fcfa sans compter les frais de mission. Est-ce que ça se justifiait réellement ? il fallait restructurer tout. Mais il faut préciser que nos relations sont toujours au beau fixe. Je leur ferai appel dès que le besoin se sentirait.

Une image triste sur le tout premier roman De Laha avec le titre « Pourquoi moi ? » au moment où les rumeurs vous assaillaient de part et d’autre. Est-ce une coïncidence ou un moyen de défense ?

Me défendre par rapport à quoi ? Les rumeurs sont déjà rentrées dans notre culture. Les Béninois critiquent tout le monde. Donnez-moi l’exemple de quelqu’un qui veut grandir dans ce pays et qu’on n’a pas essayé de salir ! Ceux qui ont lu le roman savent que l’histoire n’avait rien à voir de ma vie. Le titre a été choisi deux ans avant sa publication.

Et pourquoi l’avoir sortir au moment où les rumeurs persistaient ?

Puisque je ne savais même pas que quelque chose se racontait sur ma personne. Je l’ai su quand mon collaborateur a commencé par m’informer. Il me mettait même sur haut- parleur pour que les gens m’écoutent et c’est en ce moment que j’ai su que c’était vraiment sérieux. Mais moi je rigolais.

On a toujours connu le groupe Laha dans les volets de la musique et du Cinéma. Pourquoi avoir choisi l’édition actuellement ?

On en a vraiment besoin. Quand j’étais encore élève, j’aimais beaucoup lire et écrire. Mais j’ai constaté au fil du temps qu’il y a des choses qui m’échappaient alors que j’étais brillant. Je me suis rendu compte que c’étaient les effets des nouvelles technologies (internet, sms sur portable). Je me suis dit qu’il est donc nécessaire qu’on retourne à la lecture parce qu’elle permet de s’exprimer librement et facilement. Puisque j’ai pas mal d’histoires à tourner comme films, nos réalités africaines, nos meurs, je me suis dit que cela nous ferait du bien. Aujourd’hui, je suis persuadé que beaucoup de jeunes ne liront pas les romans politiques. C’est des histoires dont on cherche nécessairement à connaître la fin.

Quels sont vos projets.

On a tourné beaucoup de romans et de films tournés au Nigéria, au Bénin et ailleurs avec des acteurs Ivoiriens, béninois. Mais le grand problème que tous les promoteurs et artistes ont aujourd’hui, c’est celui de la piraterie. Jusqu’à présent, personne n’a pu rien fait parce qu’il y a des lois qui ne sont jamais appliquées.

Avec ces films que vous entendez mettre sur le marché discographique, quelles actions menez-vous menez ?

Le seul moyen, c’est de collaborer avec les pirates et voir comment on peut s’en sortir. Sans eux, on ne pourra pas y remédier ? Il faut chercher à savoir combien de foyers peuvent sortir 2000Fcfa pour un seul film. C’est avec enchantement qu’ils achètent ces œuvres piratées. On a rencontré beaucoup de barrons en piraterie que ça soit du Zaire au Congo, de Lomé à Abidjan. On a été vers eux, ils sont venus vers nous et on a discuté énormément. Nous essayons de mettre quelque chose de solide sur pied. Je crois que la solution serait de vendre les Cd au même prix que les pirates. C’est-à dire à 500Fcfa. Désormais, ce sara des Dvd de la classe A bien coffrets comme le font les Américains et les Américains pour lesquels, nous pourrons donner une garantie de 5 ans. Le tout à 500Fcfa.

On pourrait dire que vous avez la meilleure formule. Comment faites-vous pour que vos films atteignent le grand nombre ?

Notre atout, c’est que nous avons un réseau de distribution performant. Nous ne pouvons pas grandir dans le cinéma sans vendre. Et cela nécessite beaucoup de sacrifices. Comme celle financière que j’ai évoquée pour lutte contre la piraterie.

Que pensez-vous du bras de fer entre le Cbaccem et le Bubedra ?

Moi je ne défends aucun camp. Je pense qu’ils font la même chose. Chaque artiste est libre de choisir sa structure de gestion des droits d’auteurs. La mise en scène est le nœud d’un film, autant avoir le meilleur réalisateur, le meilleur cameraman, le meilleur budget pour un film si les acteurs ne sont pas bons, vous n’aurez pas un bon résultat.

Propos recueillis par Rodéric Dèdègnonhou et Valentine Bonou

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    2 responses to “Interview avec Abdel Hakim Amat: « …………..Les rumeurs sont déjà rentrées dans notre culture……………. »”

    1. SOGBEDJI Felix

      bonjour;
      tout ce que vous venez de dire dans votre interviw est vraie, et je vous remercie. Monsieur LAHA la vie est faite de cette manière; du courage. Et pour avoir des acteur profectionnel puis qu’ily a pas des écoles de cinema de 6émé au TL et même rare après le bac il est bon qu’après vos castings d’organiser des formations a un cout abordable pour un temps cout pour « la notion de cinema ». peu importe les rumeurs, regardez toujours devant car votre vision est là et si même personne ne vous encourage ,encouragez vous même

    2. Mario Steveen DAKPOGAN

      Je Vous Felicite Mr Abdel Akim Pour Avoir Eu Le Courage De Dire La Verité Au Beninois Par Cet Interview.La Seule Chose Qui Est Restée Dans Mon Cervelet Est »Personne Ne Grandit Professionnelement Au Benin Sans Être Salir ». Vous Aviez Resumé Toute La Verité En Une Phrase.Que Dieu Vous Donne Le Courage Et La Force A Aller De L’avant.

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