Pays du consensus national ???

Pourquoi l’Italie, la Grèce ou l’Espagne ont-ils besoin d’unité nationale et pas le Bénin ? Comme si nous pouvions faire économie de plans d’austérité, de sacrifices, de réduction de ses dépenses publiques et de sacrifices pendant que plusieurs pays de l’Euro-groupe, les États-Unis d’Amérique, certains Dragons d’Asie sont littéralement placés sous surveillance. La tentative de suppression des primes et indemnités aux agents des sociétés et offices d’Etat, loin d’être une banale boutade, n’est rien d’autre que l’expression d’un malaise socioéconomique qu’on ne saurait cacher trop longtemps. Comment le Bénin pourrait-il d’ailleurs échapper aux conséquences sismiques des tourments sur les principales places boursières du monde lorsqu’on connait l’extraversion manifeste de la plupart de ses indicateurs institutionnels nationaux. Voilà les fameux partenaires techniques et financiers (ex-bailleurs de fonds) en rupture de fonds. Conjugué à l’essoufflement des principaux gisements fiscaux nationaux, le pays (à économie essentiellement basée sur la fiscalité) s’installe dans une véritable impasse.

En d’autres termes, le Bénin ne saurait ajourner indéfiniment son tour de licenciement, d’abattement sur salaire, de suppression d’avantages salariaux, de gel des investissements sociocommunautaires, de réduction du train de vie de l’Etat. Il fallait le faire sans attendre des injonctions des institutions internationales. On ne peut plus faire mystère des contre-performances des régies financières nationales incapables d’atteindre les prévisions au titre de l’année 2011. Recettes en agonie contrairement aux dépenses imperturbables. Tous les ingrédients d’un clash en prélude à un serrage de vis, sources de grincements de dent voire de frictions en cascades surtout sur le front social. Le moment de se souvenir qu’on se trouve au pays du consensus national, sésame ayant permis la transition démocratique à l’issue de la conférence nationale de février 1990, à travers un exceptionnel pacifisme.

Tout le monde connait le goût de cette pilule dont l’absorption laissera forcément des séquelles. Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une majorité contre une minorité, d’une mouvance présidentielle contre une opposition encore moins d’un clan contre un autre. On a vu la capacité de nuisance des bénéficiaires de primes et d’indemnités ; bien qu’ultra-minoritaires au sein du peuple, ils sont néanmoins parvenus à faire reculer le gouvernement. La Grèce a pu mettre en œuvre des trains de mesure beaucoup plus contraignantes pour les populations à coup de négociations interminables, d’activismes exceptionnels du parlement, de constitution d’un gouvernement d’union nationale, d’annonce d’élections anticipées etc… Les gens ne consentent à se sacrifier qu’après avoir pris connaissance des contraintes imposées aux autres acteurs nationaux. Il suffit d’expliquer aux travailleurs ce que s’apprêteraient à perdre ministres, députés, membres des autres institutions, conseillers à la présidence et autres collaborateurs du chef de l’Etat dans le lot des sacrifices supplémentaires.

Le véritable enjeu, c’est la capacité d’anticipation des acteurs de la vie publique. A eux de prendre des initiatives pour donner l’impression aux citoyens qu’on s’occupe d’eux. Ce serait un désastre que ce soit une explosion sociale qui amène les responsables politiques à réagir. Il y a de la place pour le dialogue pendant que règnent encore le calme et la paix. Les opérateurs économiques nationaux, les opposants, les mouvanciers, les travailleurs et les autres acteurs sociaux peuvent se parler sereinement maintenant qu’il n’y a pas de mouvements de rue, de grogne syndicale, de répression policière, de matraques et d’explosion de gaz lacrymogène.

Après ce serait trop tard ???

Par Arimi Choubadé

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