Tout tropicaliser, y compris la liberté d’expression…

Être journaliste au Bénin ! Gros sujet de dissertation depuis les radiations définitives de la presse de fin 2011. Les juristes ne sont pas encore parvenus à nous expliquer si Takou et son compagnon de malheur pourraient jamais exercer en tant que journaliste dans d’autres pays. Question également sur la portée internationale de ce conclave à la béninoise composé aux deux tiers de politiciens (un tiers coopté par l’Assemblée nationale et un autre tiers par le Gouvernement) et qui se donne pour compétence de décider de qui peut exercer ou non le métier. Selon le principe que les choses ne devraient jamais se faire sous les tropiques exactement comme cela se fait partout ailleurs, le « berceau » de la démocratie en Afrique a cru inventer la « tutelle à la liberté d’expression » ou plutôt la « tutelle du journalisme ». Le célébrissime génie béninois est passé par là.

Si partout dans le monde dit libre, en France, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et autres, la répression des délits de presse relève essentiellement des tribunaux de droit commun, au Bénin, ici, sous les tropiques, il a fallu en rajouter une juridiction spéciale avec une procédure non moins spéciale, des peines spéciales voir des textes spéciaux. Une tropicalisation démocratique notamment en matière de liberté d’expression dont le Bénin détient, encore une fois, le rôle de pionnier. En effet, avant la conférence nationale de février 1990 de Cotonou et la constitution de décembre 1991 personne n’a entendu parler de Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication (Haac). Une institution devenue en l’espace de quelques années la chose la mieux partagée des démocraties naissantes en Afrique francophone, particulièrement. Avant cette expérience béninoise, personne ne savait comment élaborer une camisole de force à la presse de façons légale sans déclencher l’ire des droits de l’hommistes.

Au bout de deux décennies on peut apprécier les exploits de cette nouvelle trouvaille sur la tropicalisation de la liberté de presse. Désormais les fermetures de radio, de journaux ou de télévision ainsi que les interdictions d’exercer à l’encontre de journalistes dans des pays comme le Togo, le Congo, la Côte d’Ivoire ne provoque plus autant d’émoi qu’avant l’ère des systèmes de régulations de médias versus Haac béninoise. Les gouvernements n’ont plus besoin de se mouiller directement dans ces affaires puisque les instances dites de régulation « constitutionnalisées » se chargent, avec brio, du sale boulot. Personne ne saurait douter de la pertinence de la tutelle constitutionnelle sur la presse parce qu’elle puise son origine au pays inventeur de la conférence nationale et des transitions démocratiques pacifiques en Afrique. Rien que cela. Tant mieux si le journaliste est à la fois assujetti aux lois pénales sanctionnant les délits de presse devant les tribunaux, au code de la déontologie et de l’éthique devant la juridiction des paires à savoir l’Observatoire de la déontologie et de l’éthique dans les médias (Odem) et aux rodomontades médiatiques des juges spéciaux dont 3 sont nommés par le gouvernement, 3 autres désignés par le parlement et les 3 restants élus par les professionnels des médias. Une triple juridiction dont le principal résultat est l’affirmation de la puissance des politiciens sur l’exercice de la liberté d’expression.

De sorte que ces Etats-là échappent totalement au principe d’universalité caractéristique de la quête d’expression libre. La fiction juridique qui consacre un rôle de quatrième pouvoir à la presse ne semble d’aucune utilité dans ces espaces. Le véritable quatrième pouvoir devient tout simplement l’instrument spécial chargé de réprimer les journalistes. Instrument détenant à lui tout seul à la fois des prérogatives législatives à travers ses propres règles imposables à tous, des prérogatives judiciaires à travers les auditions et les prononcés de verdict, des prérogatives réglementaires à travers la prise de mesures conservatoires en attendant peut-être des ordonnances d’arrestations ou de privations de liberté aux contrevenants.

C’est la liberté d’expression version africaine et d’origine béninoise…

Par Arimi Choubadé

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    One response to “Tout tropicaliser, y compris la liberté d’expression…”

    1. Ani Houtou kawê

      Arrêt à la désinformation et à l’intoxication !

      Moi, je ne suis pas journaliste. Je suis fier et très fier de mon métier, car mon travail ne donne pas d’insomnie à quiconque dans la cité. J’ai voulu gagner honnêtement ma vie à la sueur de mon front et je pense qu’il en est ainsi à toute personne qui embrasse tout métier sur cette terre.

      Pourquoi voulez-vous mettre le journaliste au dessus de tout ? Pourquoi voulez-vous permettre au journaliste de faire tout ce qu’il veut ? Tout en comprenant l’esprit de votre article, j’aimerais tout de même que vous puissiez faire preuve d’esprit de discernement. A vous lire, on a l’impression que la HAAC est devenue un chien enragé et révoque qui ne lui plaît pas selon la couleur de sa peau. Tout porte à croire que vous êtes vous même si fier de tout ce qui s’écrit dans nos organes ou passe sur nos chaînes de télé ou de radio. C’est dans ce même pays qu’un journal écrit en grand titre que Mme Prudencio Claudine, alors Ministre dans le gouvernement est détentrice d’un faux diplôme. Cette information a été relayée par les revues de presse qui ont donné, vouloir ou pas, de la crédibilité à l’info. Nous voici quelques mois après, les journalistes reviennent nous informer que l’information était fausse et que la malheureuse dame a même refusé qu’on condamne celui qui a écrit ledit article.

      Mes chers frères, ce n’est pas parce qu’on a faim, qu’il faut aller manger à la poubelle. La dignité est une valeur qui rassasie. Pitié à vous qui parlez tantôt et vous dédisez à l’instant d’après. Je prie pour vous, qui avez écrit l’article, de faire partir de la prochain HAAC et on verra les réformes que vous ferez pour aménager vos confrères maladroits. L’objectivité a déserté ce Bénin. Au nom de la démocratie, on détruit toutes nos valeurs, nos mœurs et coutumes, sous prétexte que cela se fait ailleurs. Ce n’est pas parce que tu as vu du feu dans la maison de ton voisin, qu’il faille mettre feu à la sienne. C’est te dire qu’il faut apprendre à copier ce qui est bien. Ce Bénin appartient à nous tous et on ne permettra pas à ceux qui pensent qu’à leur ventre de nous emmener dans le gouffre.

      Je vous remercie

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